Alors que beaucoup s'interrogent sur les motivations du mouvement afrocentriste, ses objectifs et la nature des allégations qu'il revendique, des experts ont été interrogés.
L'émergence de l’afrocentrisme
L'afrocentrisme peut être défini comme une idéologie raciste mondiale qui prétend dénoncer la persécution, le racisme et la colonisation du continent africain par des Blancs, à travers une pratique contre-raciste centrée sur la suprématie et l'ingéniosité de la race noire et sa capacité historique à faire émerger des civilisations.
Les prémices de cette pensée qui s'est ensuite transformée en une organisation mondiale, remontent au XIXe siècle avec l'activiste jamaïcain Marcus Garvey, qui a promu l'idée d'une "diaspora africaine", appelant à l'inauguration d'un État africain séparé pour les Noirs américains.
Le scientifique et historien sénégalais Anta Diop a contribué à promouvoir les idées du mouvement afrocentriste, et a écrit de nombreux ouvrages affirmant que la région nord-africaine, qui comprend l'Égypte, la Libye, la Tunisie, l'Algérie, et le Maroc étaient "actuellement occupée" par des Blancs, et que ses habitants d'origine étaient des gens à la peau foncée, mais qu'ils avaient été exterminés dans le passé.
Momie de la reine Tiye, elle n'avait ni un nez épaté, ni des cheveux africains
Il nous faut aussi bien sûr mentionner le chercheur et activiste afro-américain Molefi Asante, qui est considéré comme l'un des pionniers les plus importants de cette pensée, en raison de ses contributions dans les années quatre-vingt à la formulation du terme afrocentrisme qu’il a renforcé avec un cadre théorique et intellectuel. Molefi Asante est connu pour promouvoir les allégations adoptées par l'organisation, et tenir des conférences périodiques et autres séminaires de consultation entre les membres de l'organisation à l'échelle mondiale.
"Fausses allégations"
Dans son livre "Afrocentricism : The Mythical Past and Imagined Homelands", Stephen Howe, professeur d'histoire et de cultures coloniales à l'Université de Bristol en Grande-Bretagne, a réfuté les affirmations du mouvement afrocentriste concernant l'attribution de la civilisation égyptienne à la race noire, disant qu'il "s'appuie sur des arguments d'amateur qui n'ont aucun fondement historique".
Howe a ajouté: "Par exemple, les adeptes de la pensée afrocentriste affirment que l'une des reines d'Égypte appelée Tiye, l'épouse du roi Amenhotep III, aurait des traits africains et que sa couleur de peau serait noire, sur la base d’une seule statue fragmentée pour en déduire que l'Égyptien ancien était un Africain noir. "Howe réfute cette idée, soulignant que les pharaons étaient autorisés à épouser des personnes issues d’autres ethnies méditerranéennes. Ainsi, on sait de source sûre que le roi Ramsès II a épousé la fille du roi des Hittites* après avoir signé un traité de paix avec eux.". * Les Hittites sont un peuple ayant vécu en Anatolie (Territoire de la Turquie actuelle) dans l'Antiquité. De plus, il nous paraît évident, en voyant la momie de la reine Tiye, qu'elle n'était pas d'origine noire.
Le mouvement afrocentriste affirme que les Égyptiens ont délibérément cassé le nez des statues pharaoniques récemment pour cacher les caractéristiques du nez africain, mais nous savons tous que les anciens Égyptiens avaient l'habitude de casser le nez des statues parce qu'ils croyaient que les statues respiraient.
Zahi Hawass,célèbre égyptologue et ministre égyptien
L’avis du ministre et archéologue égyptien Zahi Hawass
L’ancien ministre d'État aux Antiquités et archéologue égyptien Zahi Hawass expliquait qu'il avait donné des conférences dans l'État américain de Dallas pour rappeler que "la civilisation pharaonique est loin de l'origine nègre et africaine", ajoutant que "les anciens Égyptiens se sont représentés sous des formes complètement différentes de celles des Noirs.".
Dans son article publié en 2007, intitulé "Sur les pharaons et leur origine", Hawass a dénoncé les efforts de certains membres du mouvement afrocentriste pour répandre de fausses informations, soulignant que "l’un d'entre eux s'appelle Anthony Browder, qu’il organise de nombreux voyages en Égypte pour prouver que l'origine des pharaons appartient à l’ethnie noire.".
Les afrocentristes n'en finissent pas de se ridiculiser
Si les afrocentristes, qui n'ont aucun rapport de près ou de loin, avec la civilisation égyptienne et sont généralement d'origine américaine ou Ouest-africaine, prétendent être les descendants des Egyptiens anciens, pourquoi les Soudanais, anciens Nubiens, qui sont géographiquement (et historiquement) proches de l'Egypte, ne revendiquent-ils pas être leurs descendants ? Eux, au moins, ont la modestie de dire, car ils le savent, qu'ils sont différents des Egyptiens. Pourquoi les Kabyles, les Algériens de Tiaret ou encore les Saoudiens n'auraient-ils pas, eux aussi, des revendications d'appropriation culturelle de la civilisation égyptienne ? Si vous voulez des portraits réalistes des Anciens Egyptiens, regardez les Portraits du Fayoum
La vérité, c'est que les afrocentristes veulent s'approprier la grandeur et la beauté de la civilisation égyptienne, mais qu'ils n'y comprennent rien. Les anciens Egyptiens avaient des écritures, l'une sacrée et l'autre hiératique, ils avaient une religion proche de celles qu'il y avaient en Mésopotamie et en Phénicie, la plupart du temps polythéiste mais aussi monothéiste lors du règne du roi Akhenaton, une agriculture basée sur un calendrier complexe. Ces connaissances se sont développées, nous le savons, dans le bassin méditerranéen.
Et ce n'est pas parce que de nos jours, il est de bon ton de récompenser une vingtaine d'Africains avec des prix scientifiques ou autre, que cela fait d'eux les bâtisseurs de la grande civilisation égyptienne. S'approprier les coiffures des anciens Egyptiens ne fait pas non plus d'eux d'authentiques Egyptiens ! Soyons sérieux !