Le président Tebboune abandonne l'idée d'adhérer aux BRICS

Le président Tebboune en 2023
Le président Tebboune en 2023

Le président algérien a fait part de sa décision d'abandonner l'idée d'accéder à ce groupe. D’après les Indiens, qui se sont opposés à l’adhésion de l’Algérie, cette décision a été demandée par la France.

Le dossier est clos

Le président algérien s'exprimait, pour la première fois, sur la démarche d'adhésion aux Brics de son pays à l'occasion d'une réunion avec la presse algérienne le mardi 3 octobre 2023. Abdelmadjid Tebboune a tourné la page de l'adhésion aux BRICS (alliance économique fondée par le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud), en expliquant que le dossier était "clos". Tebboune s'est montré déçu par l'issue du dernier sommet des leaders de ce groupe, tenu en août dernier en Afrique du Sud.

"Le dossier est clos et la page est tournée", a déclaré le chef de l'Etat algérien qui souhaitait ardemment adhérer aux BRICS, depuis plusieurs années. Tout en abandonnant cette idée qui lui tenait à cœur, Abdelmadjid Tebboune reste, cependant, attaché à la banque des Brics. Celle-ci, selon le chef de l’Etat, "permettra à l'Algérie d'éviter de tomber sous la contrainte de la Banque mondiale (BM) et du Fond monétaire international (FMI) qui compromettent la souveraineté des pays qui se trouvent dans l’obligation de les solliciter". Une déclaration forte.

Pour rappel, les responsables des cinq pays des Brics, en l'occurrence le Brésil, la Russie, la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud, ont révélé, le 22 août dernier à Johannesburg, l'identité des nouveaux membres de leur Club restreint. Ces derniers sont l’Argentine, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Arabie Saoudite, l’Iran et les Emirats arabes unis.

L'exclusion de l'Algérie a beaucoup déçu les responsables politiques algériens. Personne ne s'attendait à une telle décision. Les commentateurs sont restés dans un état de quasi-sidération, en effet, cette décision a été très peu relayée. Le président Abdelmadjid Tebboune, lui-même, pensait que l'entrée de son pays aux BRICS était une simple formalité. Ayant effectué des visites d'Etat, en juillet dernier, en Russie, puis en Chine, il était pour lui acquis que la demande algérienne allait être acceptée sans aucun problème.

En décembre 2022, il assurait, lors d'une rencontre avec des journalistes diffusée par la chaîne de télévision publique, que "l'année 2023 sera couronnée par l'adhésion de l'Algérie aux Brics", soulignant que "ce processus exigeait une poursuite des efforts dans les domaines de l'investissement et du développement économique et humain, d'une part, et de passer à des niveaux supérieurs d'exportation d'autre part". Il affirmait également que la demande algérienne bénéficiait d'un fort soutien au sein du bloc.  "La Chine, la Russie et l'Afrique du Sud ont accueilli favorablement cette démarche", avait-il assuré.

Selon plusieurs sources bien informées, la Russie et la Chine – qui sont des partenaires économiques et stratégiques de l’Algérie, ainsi que l’Afrique du Sud, ont soutenu ouvertement et dès le début, la candidature de l’Algérie, mais ce n’est pas le cas des deux autres membres des Brics, que sont le Brésil et l’Inde, qui ont donc voté contre la candidature algérienne. Pourtant, selon Laâziz Faid, le ministre des Finances algérien, l’Algérie, de par son passé, ses positions politiques, "sa position géostratégique et son économie, a sa place au sein des Brics".

Mais c'était sans compter sur la traitrise de l'Inde.

Les Indiens expliquent ouvertement avoir obéi à la France

Selon le journal indien India Times, l’Inde a obéi à la France en bloquant l’adhésion de l’Algérie. Nous citons : "L’Inde et la France forment désormais une alliance solide. L’amitié entre les deux pays s’approfondit de jour en jour. Un exemple de cette amitié a également été observé lors de la conférence des BRICS. Bien que la France ne soit pas membre de cette organisation, son impact s'est également fait sentir à Johannesburg, en Afrique du Sud. Ici, l'Inde a prouvé son amitié en bloquant l’adhésion de l'Algérie. Si l’on en croit un rapport de The Cradle, un site Internet qui traite de politique asiatique, alors, à la demande de la France, l’Inde a utilisé son droit de veto contre l’Algérie, pays d’Afrique du Nord. Dans une telle situation, l'Algérie ne pourrait pas être incluse dans l'organisation.". C’est une explication franche. Source en hindi, ici. Comme vous pouvez le voir, l’Inde a fait preuve de lâcheté politique et la France a agi comme un régime autoritaire dictatorial, qui s’immisce dans la politique des autres pays. Or l'ingérence de la France dans les politiques de pays étrangers n'a rien d'humanitaire.

"Une chance pour l'Inde" (selon le journal indien)

Toujours pour citer le même magazine : "Le magazine Cradle a écrit que le Premier ministre indien Narendra Modi avait vu une opportunité dans la demande du président français Emmanuel Macron. On raconte qu’une aide occidentale aurait été offerte aux fonctionnaires indiens afin que l'Inde puisse accroître son influence dans ces lieux restés d’anciennes colonies de la France. La France entretient des relations étroites avec le gouvernement indien depuis des décennies. Lorsque l’Inde a procédé à des essais nucléaires en 1998, la France était le seul pays du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) à soutenir l’Inde. Par la suite, lorsque le statut spécial accordé au Cachemire a été aboli en 2019, la France a soutenu cette démarche aux Nations Unies. En dehors de cela, grâce aux nombreux accords de défense signés avec l’Inde, les deux pays sont devenus très proches", se félicite le journal.

Les Algériens fans des films de Bollywood – les productions cinématographiques indiennes ont beaucoup de succès auprès des Algériens – vont être contents d’apprendre que le président Narendra Modi a bloqué l’adhésion de l’Algérie aux BRICS pour faire plaisir au machiavélique Emmanuel Macron…

L'Algérie est un pays dynamique
L'Algérie est un pays dynamique

L’Algérie ne va pas persévérer ; la poire des BRICS est pourrie

L'été dernier, le Ministre des Finances algérien déclarait que l’économie algérienne est "diversifiée" et est en "croissance grâce à une jeunesse créative et à des ressources naturelles abondantes". Pour le ministre des Finances, il s'agissait d' "autant de facteurs susceptibles de créer des opportunités de coopération fructueuse au sein du groupe. Nous estimons que la vision des BRICS n’est que le prolongement de la vision défendue par l’Algérie depuis des décennies", avait-t-il déclaré à l'époque.

Le président Tebboune, qui avait affirmé l’an dernier que 2023 serait "couronnée par l’adhésion de l’Algérie aux Brics", a finalement déclaré début août que l’entrée dans le groupe se ferait plutôt "par une première phase, celle de membre observateur", en soulignant : "L’Algérie ne va pas s’imposer.".

Une quarantaine de pays avaient demandé leur adhésion ou manifesté leur intérêt. Un signe de l'influence grandissante des pays émergents sur la scène mondiale, selon le "club des cinq", qui produit un quart de la richesse mondiale et rassemble 42% de la population du globe. Le véritable objectif est de créer une alliance afin de ne plus subir l'influence délétère des USA.

L'Algérie relativise l'intérêt d'adhérer aux BRICS

L’explication suivante, apportée par le journal algérien AP nous paraît cohérente : "Certes, l’Algérie a ses problèmes – particulièrement la bureaucratie – qu’elle doit solutionner le plus tôt possible. Mais elle n’est ni endettée, ni en manque d’argent, ni en manque de ressources naturelles. Le PNB par habitant de l'Algérie (12000 USD PPA en 2021) est supérieur au PNB par habitant de l'Inde (7100 USD en 2021). Ce qui lui manque, c’est la volonté et la capacité de mobiliser son capital humain inexploité.

(...) L’Algérie, en tant que pays pivot dans la région sahélo-nord-africaine a beaucoup d’atouts qui lui confèrent une compétitivité majeure. Elle est aux portes de l’Europe avec qui elle a, qu’on le veuille ou non, des relations humaines et historiques très importantes, qu’elle doit savoir utiliser à son profit".

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Mis en ligne : Vendredi 6 Octobre 2023
 
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